Fiat-R.2                     

Fieseler Fi 103

décembre 1942 Fieseler-Fi 156 storch

Vue d'un Fieseler Fi 103 (photo : JN Passieux - Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget) Vue d'une bombe volante Fieseler Fi 103 et détail des plans de queue et du pulsoréacteur de cet engin. Cet exemplaire était issu d'un engin-cible Arsenal CT-10 (Ars 5501) construit après la Deuxième Guerre mondiale, et reconfiguré en V-1. Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget, avril 2019.

En juin 1944, la ville de Londres fut frappée par la première des environ 2.400 bombes volantes V-1 qui s'abattirent ensuite sur la cité et ses abords. Le petit missile propulsé par un très simple pulsoréacteur ouvrit une nouvelle phase dans la guerre aérienne, et pour les Allemands, il était seulement le premier d'une nouvelle série d'un type d'arme nommé Vergeltungswaffe (ou V-Waffe, arme de revanche et de représailles).

Depuis la mi-1942, la compagnie Fieseler avait travaillé sur l'avion sans pilote Fi 103, avec comme principaux concepteurs, Robert Lusser (1899-1969) et Fritz Gosslau (1898-1965), alors chez Argus. Le premier exemplaire de test, non motorisé, avait été lancé depuis un Focke-Wulf Fw 200 en décembre 1942, et plus tard, un essai avec propulseur fut réalisé depuis une rampe de lancement, à la base expérimentale de Peenemünde, Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. En juillet 1943, une unité spéciale fut créée afin d'entraîner des équipes au lancement de missiles de manière opérationnelle avec la Luftwaffe. Le modèle fut par la suite largement produit, avec approximativement 29.000 exemplaires construits par Fieseler, mais aussi par Volkswagen, à Fallerslebe, près de Wolfsbourg, Basse-Saxe, et également dans des mines, à Mittelwerke, près de Nordhausen, Thuringe, par des travailleurs prisonniers ou réquisitionnés.

Officiellement désigné Fi 103, le titre V-1 (FZG, Flak Ziel Gerät 76) fut aussi utilisé pour cette arme. La stratégie mise en place était de saturer les défenses aériennes alliées avec des lancements multiples de V-1, mais en pratique, le nombre de tirs ne put atteindre la demande. Une fois leur découverte réalisée par la reconnaissance photographique, les Alliés bombardèrent les rampes de lancement à chaque opportunité, et sur les plus de 8.000 V-1 lancés sur Londres, environ 70% furent détruits ou s'écrasèrent avant d'atteindre leur cible. Environ 1.200 missiles furent lancés en vol depuis le bombardier Heinkel He 111H-22, mais cet appareil se révéla vulnérable face aux chasseurs ennemis. En plus de Londres, dans la phase finale de la Deuxième Guerre mondiale en Europe, le port d'Anvers et la ville de Liège, Belgique, furent attaqués par ces armes entre octobre 1944 et mars 1945, afin de perturber l'approvisionnement des troupes alliées sur le front occidental.

Le nombre de victimes suite aux raids sur l'Angleterre fut d'environ 6.000 tués, avec 18.000 personnes gravement blessées. Les défenses contre ces missiles étaient les barrages de ballons, la chasse et les batteries anti-aériennes. Le V-1 était rapide (environ 650 km/h), et il ne pouvait être rattrapé que par des chasseurs dotés d'une bonne vitesse à basse altitude. En juin 1944, un appareil disponible pour ce rôle était le Hawker Tempest, il partagea cette tâche avec le P-47M Thunderbolt, le P-51 Mustang, le bimoteur D.H. 98 Mosquito, le Spitfire XIV à moteur Griffon, et également dans les derniers temps, avec l'appareil à réaction Gloster Meteor. L'attaque du missile était assez dangereuse car il pouvait exploser en vol, aussi une autre tactique fut essayée avec succès. Elle consistait en l'engagement d'une aile du chasseur sous l'aile du missile, en gardant une marge réduite, puis de soulever cette dernière grâce au flux d'air. Le V-1 était déséquilibré, son système de guidage n'était alors plus capable de le mener correctement et il s'écrasait avant d'atteindre sa cible.

Le Fi 103 était un monoplan à aile médiane d'une architecture simple. Sa cellule profilée était divisée en six compartiments comme suit, du nez à la queue : charge explosive principale (environ 1.870 livres, 850 kg), réservoir de carburant (environ 150 gallons, 680 litres), réservoirs d'air comprimé, autopilote et équipements de contrôle d'altitude et de distance parcourue, et en partie finale, servomoteurs actionnant les gouvernes de direction et de profondeur. Le pulsoréacteur était installé au-dessus de la dernière portion du fuselage, et supporté vers l'entrée d'air par une béquille et vers la tuyère par la dérive verticale. Les ailes étaient basées sur un axe tubulaire formant longeron et traversant le fuselage, au niveau du compartiment des réservoirs de carburant. Les éléments de queue comprenaient des plans horizontaux portant les surfaces mobiles de profondeur et une dérive portant la gouverne de direction. Les ailes n'étaient pas dotées d'ailerons, aussi les seules commandes de guidage aérodynamique étaient les éléments de queue, et le contrôle latéral était réalisé par la gouverne de direction et l'équilibre entre le missile et la poussée du réacteur.

Les éléments de contrôle automatique du vol comprenaient une petite hélice placée à l'avant de l'appareil qui permettait, grâce au nombre de tours, de calculer la distance parcourue. Une autonomie prédéterminée était réglée avant le départ (généralement 40 miles, 65 km), et quand elle était atteinte, un dispositif enclenchait deux détonateurs et faisait plonger le missile grâce à deux petits volets logés sous les plans de queue. Normalement ce changement d'assiette soudain aurait dû être corrigé par les gyroscopes, mais pour neutraliser la commande, l'arrivée d'air comprimé vers les gouvernes de profondeur était coupée et ces dernières restaient en position neutre. Le changement d'assiette coupait aussi l'alimentation en carburant du moteur, et la descente se faisait en chute libre, sans bruit. La plongée automatique de l'appareil était également commandée par une horloge réglée sur une durée maximale de vol déterminée.

L'air comprimé nécessaire aux servocommandes et à l'alimentation du moteur était stocké dans deux réservoirs sphériques en métal léger couverts d'une série de bandes métalliques renforcées pour pouvoir résister à la pression interne de 2.000 livres par pouce carré (environ 141 kg/cm2). Le compartiment de contrôle contenait le pilote automatique, les équipements de mesure d'altitude et de distance couverte, et une batterie sèche alimentant divers équipements, compas magnétique, anémomètre, gyroscopes, fusibles de charge de tête et détonateurs. L'autopilote comprenait trois gyroscopes, un pour le contrôle longitudinal et directionnel, et deux autres fonctionnant comme des amortisseurs, la machine étant naturellement instable.

Le pulsoréacteur d'une longueur de 3,35 mètres était formé globalement d'un tube à profil particulier. Il comprenait une grille d'obturation rectangulaire portant une série de lamelles élastiques formant clapets, et se fermant et s'ouvrant de manière cyclique (40 à 45 fois par seconde), une chambre de combustion dotée d'une unique bougie, et une tuyère. Le système fonctionnait à partir d'une certaine vitesse, et quand le moteur était chaud, il marchait de manière autonome. L'alimentation en carburant se faisait sous pression et était régulée en fonction de la vitesse et de l'altitude par un diaphragme. La poussée du réacteur Argus As 109-014 à vitesse normale pouvaient être estimée de l'ordre de 750 ch.

La bombe volante était lancée le plus souvent depuis une rampe de lancement (Schlitzrohrschleuder) conçue par Walter, d'une longueur de 180 pieds (55 mètres), inclinée vers le haut de six degrés, et formée de plusieurs tronçons. Cette rampe était surmontée de deux rails entre lesquels et au même niveau, était placé un long tube métallique d'un diamètre de douze pouces (30,50 cm), fendu le long de sa partie supérieure, sur toute sa longueur. Un piston de forme globalement cylindrique mais plus étroit en parte centrale, pesant 300 livres (environ 135 kg) et portant un crochet d'attelage engagé en partie basse du missile, pouvait coulisser le long du tube. Pour le lancement, le missile monté sur un berceau en partie centrale, était placé sur la rampe et accroché au piston coulissant. Le moteur était démarré par l'intermédiaire de trois buses auxiliaires placées dans le système d'alimentation, et en même temps, un mélange de peroxyde d'hydrogène et de permanganate de calcium était envoyé sous pression dans le tube de lancement. La combustion du mélange générait une forte poussée qui, combinée à celle du moteur propulsait l'engin dans les air à une grande vitesse (320 km/h). Le piston portant le crochet pouvait être récupéré pour un tir ultérieur.

Une variante du modèle original fut le Fi 103R, nom de code Reichenberg, un missile doté d'un poste de pilotage destiné à des attaques suicide. Cette machine fut développée en 1944, au moment ou l'Allemagne prévoyait un débarquement naval majeur des Alliés en Europe, et cet appareil aurait pu infliger d'importants dégâts à des navires, grâce à sa charge explosive de 2.000 livres (900 kg). Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le V-1 servit de base en France, à l'engin-cible Arsenal CT-10, une version légèrement plus petite lancée depuis le sol grâce à des fusées d'appoint ou en vol, depuis un bombardier Leo 45. Le missile allemand fut aussi étudié en Union Soviétique, et expérimenté sous la désignation 10Kh, plus tard Izdeliye 10, avec des lancements depuis le sol ou en vol. Aux Etats-Unis, le V-1 servit de base au Republic-Ford JB-2 (Jet-propelled Bomb), qui pouvait être lancé depuis un avion porteur ou depuis le sol. Cet engin fut développé, et employé entre 1945 et 1953 par l'U.S.A.F. et par l'U.S. Navy. Il joua aussi un rôle significatif dans le développement de missiles plus évolués, comme le Martin MGM-1 (Mobile Guided Missile) Matador et plus tard, son successeur, le MGM-13 Mace.


Vue d'un Fieseler Fi 103 (photo : Jane's fighting aircraft of World War II - Flight) Vue de la structure d'une bombe volante Fieseler Fi 103.


Sources partielles : The Complete Encyclopedia of Flight 1939-1945 - John Batchelor, Malcolm V. Lowe (ISBN 978-9-0366-1706-2), et Jane's fighting aircraft of World War II - Michael J.H. Taylor (ISBN 1-8517-0493-0).

Fi 103R-IV          
Moteurs(s)/Engine(s)   1 pulsoréacteur de 360 kgp                  Argus As 109-014                                  
Envergure/Span 5,72 m (18 ft 9.2 in) Longueur/Length 8,00 m (26 ft 3 in) Hauteur/Height                 Poids total/Weight 2.250 kg (4,960 lb) 
Vitesse/Speed 650 km/h à 2.400 m           Plafond/Ceiling 2.500 m (8,200 ft)   Autonomie/Range 330 km (210 miles)   Endurance/Endurance 30 minutes          


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