Bataille des Dardanelles (février 1915-janvier 1916)

 

Vue du cuirassé Bouvet (photo : Gallica - Agence Rol) Vue du cuirassé français Bouvet mis à flot en 1895 et coulé par une mine dérivante le 18 mars 1915, en face des forts turcs de Tchanak, durant la bataille des Dardanelles (Gallica, Agence Rol, Cherbourg, rade de Manche, 1912).

La bataille des Dardanelles (encore appelée bataille de Gallipoli, campagne des Dardanelles, ou campagne de Gallipoli), se déroula entre février 1915 et janvier 1916, en Turquie, dans la péninsule de Gallipoli. Cette dernière forme la partie nord du détroit des Dardanelles qui relie la mer Egée à la mer de Marmara. Elle s'étend, du nord-est au sud-ouest, sur 80 km de long et dix à vingt kilomètres de large. Les Français se retrouvèrent sur ce champ de bataille, parce que la Turquie s'était engagée aux côtés de l'Allemagne dès la fin octobre 1914, et avait fermé le détroit en novembre, coupant ainsi une très importante voie d'approvisionnement de la Russie, débouchant sur la mer Noire.

A l'initiative de Winston Churchill, alors Premier lord de l'Amirauté britannique, qui connaîtra plus tard, lors de la Deuxième Guerre mondiale, une grande célébrité, les Britanniques et les Français décidèrent alors de prendre le contrôle du détroit. Les opérations commencèrent en février 1915, et durèrent principalement jusqu'à l'automne 1915. Les forces navales britanniques et françaises essayèrent tout d'abord de s'emparer du détroit par la mer. L'attaque fut difficile, car le passage était protégé par de nombreux forts turcs installés sur les rives et le détroit était miné. Cependant, un assaut naval préparé par une série de bombardements effectués à partir de la fin du mois de février 1915, fut lancé le 18 mars. La flotte composée d'une vingtaine de cuirassés, croiseurs, et destroyers, tenta un passage en force au niveau le plus étroit des Dardanelles, mais les champs de mines n'avaient pas été correctement identifiés et traités, et plusieurs navires engagés furent victimes de ces armes et de l'artillerie ennemie, cuirassé français Bouvet coulé en quelques minutes avec plus de 650 marins à bord, bateaux anglais H.M.S. Irresistible (classe Formidable) et H.M.S. Ocean (classe Canopus) perdus, cuirassés français Suffren et Gaulois endommagés, et H.M.S. Lord Nelson (classe Lord Nelson), H.M.S. Inflexible (classe Invincible) et H.M.S. Agamemnon (classe Lord Nelson) anglais touchés. L'opération navale fut au final un profond échec accompagné de lourdes pertes, et les Alliés décidèrent alors d'attaquer par la voie terrestre, en employant des troupes conjointes.

Pour participer, la France constitua un corps expéditionnaire d'Orient (C.E.O), dont elle confia le commandement au général d'Amade. Ce corps fut initialement formé d'une première division d'infanterie comprenant une brigade métropolitaine (175e RI et 1er régiment de marche d'Afrique), et d'une brigade coloniale (4e et 6e RMIC, régiment mixte d'infanterie coloniale). Puis il fut renforcé en mai, par une deuxième division de composition identique (176e RI, 2e régiment de marche d'Afrique, 7e et 8e RMIC). Du côté britannique, le général Ian Hamilton fut placé à la tête de la force expéditionnaire méditerranéenne, et des forces australiennes et néo-zélandaises, alors stationnées en égypte, furent regroupées dans l'ANZAC (Australian and New Zealand Army Corps, corps d'armée australien et néo-zélandais), le commandant étant le général William Birdwood. Les unités britanniques et françaises rejoignirent les troupes de l'ANZAC en égypte, avant d'être transférées au cours du mois d'avril sur l'île grecque de Lemnos, proche d'environ 50 km des Dardanelles. Les effectifs des Alliés étaient de 80.000 hommes, dont 17.000 Français métropolitains et coloniaux. Ce regroupement des troupes alliées repoussa l'organisation des débarquements à la fin du mois d'avril et ce délai permit aux Ottomans de renforcer leurs positions.

Le débarquement fut commencé le 25 avril 1915. Le 6e RMIC (qui deviendra le 56e RIC, début août), convoyé via Alexandrie, sur différents navires de transport (dont le paquebot transatlantique La Savoie), fut engagé dans une manoeuvre de diversion, l'attaque de Kum Kale sur la rive orientale. Les combats furent difficiles et les 25 et 26 avril, le régiment comptait près de 800 hommes hors de combat, dont plus de 300 morts ou disparus. Les troupes ayant participé à l'assaut furent finalement ré-embarquées afin de tenir la partie est du secteur du cap Helles. Le 175e RI fut engagé le 27 avril, dans un débarquement, sous le feu turc, sur la plage de Sedd El Bahr (Sedul-Bahr, Seddülbahir), sur la rive occidentale. La position (désignée plage V) put être tenue face aux contre-attaques ennemies, mais en une semaine, les pertes de l'unité furent importantes (environ 1.150 hommes hors de combat). Le 8e RMIC (qui deviendra le 58e RIC, début août), fut débarqué au cap Helles (cinq plages nommées d'est en ouest, S, V, W, X et Y), début mai. En ces lieux, les combats furent également âpres, et les pertes importantes (environ 1.100 hommes hors de combat entre le 6 et le 9 mai).

Les Britanniques attaquèrent également dans la zone du cap Helles, et les troupes de l'ANZAC furent chargées de débarquer plus au nord-ouest, afin de couper la route à d'éventuels renforts turcs en marche pour repousser les assaillants. Gênés par l'obscurité, et à cause de courants et d'une erreur de navigation, la force de couverture débarqua environ 1,2 miles (2,0 km) plus au nord, dans une baie proche d'Ariburnu. Cet endroit était un site hostile, surmonté d'une falaise de 70 mètres et d'un plateau. L'endroit était peu défendu, mais les troupes turques commandées par Mustapha Kemal, assisté du général allemand Liman von Sanders, stationnaient à proximité, et étaient prêtes à intervenir. Les assaillants furent soumis à des tirs de mitrailleuses et de mortiers, mais purent néanmoins établir une tête de pont dans un lieu nommé depuis, la baie des Anzacs. Les deux tiers des Australiens ayant servi durant la Première Guerre mondiale furent tués dans cette zone, et Gallipoli devint un massacre commémoré traditionnellement le 25 avril, dans ce pays.

Le combat était inégal, non pas à cause du rapport de forces, mais par les positions respectives des combattants, d'un côté des troupes placées à découvert sur des plages, de l'autre des défenseurs regroupés dans des forts ou occupant de bons points stratégiques. Pour se protéger, les attaquants creusèrent des tranchées dans le sable, et entassés sur quelques kilomètres et adossés à la mer, ils évoluèrent sous des tirs d'obus tirés à faible distance (moins d'un dizaine de kilomètres). Les combats furent poursuivis jusqu'à la fin de l'été 1915, sans que la résistance turque ne soit entamée, sous une chaleur accablante et des conditions de vie épouvantables (manque d'eau potable, nourriture insuffisante, apparition de maladies comme la typhoïde ou la dysenterie). En tout, environ 450.000 hommes, côté Alliés, furent relayées pour combattre dans ce qui fut nommé "l'enfer de Gallipoli".

Quelques offensives toutes infructueuses furent tentées. Une attaque fut exécutée début juin, contre de nouveau, Krithia et Achi Baba, mais cette tentative fut repoussée, et les Britanniques perdirent 4.500 hommes et les Français 2.000 lors de cette opération. Un débarquement fut effectué dans la nuit du 6 au 7 août, dans la baie de Suvla, doublé par une attaque des forces de l'ANZAC à Sari Bair et à Lone Pine. La tentative fut un échec et des pertes terribles furent constatées, avec environ 7.590 Australiens et environ 2.430 Néo-Zélandais tués dans cette opération.

Le nombre de victimes de l'expédition des Dardanelles varie selon les sources, mais on peut l'estimer à plus de 180.000 tués, blessés, ou disparus du côté des Alliés. Parmi ces victimes, on déplora plus de 120.000 Britanniques, 27.000 Français blessés ou tués, environ 4.800 Indiens, et les Australiens et Néo-Zélandais furent en proportion, les plus touchés, avec respectivement environ 28.150 et environ 7.480 blessés ou tués. Le nombre de victimes, côté Turc, atteignit environ 164.830 hommes. Aussi, les conditions sanitaires furent particulièrement difficiles, et à ces nombres, il faut ajouter les victimes de mauvaises conditions de vie et de maladie.

La bataille des Dardanelles fut terminée, par un retrait sans gloire, mais avec une bonne organisation, réalisé de fin décembre 1915 à début janvier 1916. Les troupes furent évacuées par mer, mais les hommes encore en état de combattre, ou blessés mais non rapatriés en métropole, rejoignirent Salonique (Macédoine) afin de former un noyau d'armée destiné à continuer la campagne d'Orient. La victoire de l'armée germano-turque fit grosse impression, et la Bulgarie se rangea aux côtés des puissances centrales et organisa sa mobilisation fin septembre 1915, plaçant ainsi la Serbie entre deux fronts. Winston Churchill, fortement impliqué dans cette aventure, fut obligé de quitter son poste à l'Amirauté, commanda par la suite, un bataillon d'infanterie écossais sur le front de l'Ouest, et cet échec pesa lourd sur sa carrière politique.



- Aviation :
L'empire ottoman, qui ne disposait que de faibles capacités industrielles et de transport, n'était pas en mesure de construire des avions ou des moteurs, et était totalement dépendant de l'Allemagne dans ce domaine. A ce moment, ce pays était fortement engagé sur le front occidental et aussi face aux Russes, et ne put fournir une aide significative au sultan Mehmed V. Ce ne fut que fin décembre 1915, que les Turcs reçurent quelques Fokker E.I qui compliquèrent la tâche de l'aviation franco-britannique qui couvrit l'évacuation, début janvier 1916.

Dès février 1915, des appareils anglais (hydravions du R.N.A.S., Royal Naval Air Service, limités en performance), transportés par le porte-avions H.M.S. Ark Royal), furent utilisés pour mener des missions de reconnaissance, mais se montrèrent relativement inefficaces lors de l'attaque des forts turcs effectuée par les navires de guerre. Après la tentative ratée de prise du détroit des Dardanelles, les Alliés formèrent, afin d'appuyer les troupes terrestres, des escadrilles stationnées sur l'île de Ténédos, au sud du passage. Les avions anglais du Squadron No. 3 du R.N.A.S., (commandement Charles Rumney Samson), furent installés sur l'île, fin mars 1915. Le parc assez riche, comprenait une vingtaine de machines diverses, Morane Parasol, R.A.F. B.E.2c, biplan Caudron, Bristol Scout. Il fut renforcé à la mi-mars, avec l'arrivée de deux hydravions Nieuport VI de 100 ch, appartenant au CAM (Centre d'Aviation Maritime) de Port-Saïd, et acheminés par le bateau transport d'hydravions La Foudre. Ces avions furent employés jusqu'en mai 1915, et par la suite, fin avril 1915, une escadrille française constituée de huit Maurice Farman MF.11, nommée MF 98 T (T pour Ténédos), commandée par le capitaine Antoine Césari fut déployée sur l'île. Les avions français, contrairement aux machines britanniques, étaient dotés d'un matériel photographique de premier ordre. Egalement, quelques Nieuport 10 et 12 biplaces renforcèrent ultérieurement la force aérienne anglaise.

Durant la campagne, les navires alliés dominèrent les mers, et bloquèrent les secours et renforts maritimes ottomans. Les pilotes alliés effectuèrent des missions, de reconnaissance, réglage d'artillerie, prise de vues photographiques, mais également rapidement, de bombardement. Ces missions prépondérantes devinrent régulières, leur rôle étant de couper les lignes d'approvisionnement terrestres, afin de harceler les colonnes de ravitaillement turques qui ne disposaient que de médiocres routes pour leurs convois. Cependant, les appareils étaient en nombre insuffisant et pas encore assez efficaces, et leur apport ne fut pas décisif.

L'assistance aérienne fut aussi fournie par le ballon d'observation embarqué à bord du navire marchand réquisitionné H.M.S. Manica, qui arriva début avril 1915. Le ballon de ce bâtiment servit au réglage des tirs pour les canons de la flotte, et se montra efficace en aidant les navires de guerre britannique à repousser le cuirassé ottoman Turgud Reis (Dragut), le jour du débarquement. Le H.M.S. Hector, de même type que le Manica, apparut début juin, et le H.M.S. Canning, de classe identique, arriva début octobre. Le vapeur armé porteur d'avions H.M.S. Ben-my-Chree ("Femme de mon Coeur" en gallois), arriva dans la zone en juin. En août, un hydravion Short 184 piloté par le Flight Commander Charles Humphrey Kingsman Edmonds parvint à couler un navire de transport turc, première attaque à la torpille lancée depuis un avion réussie. Le biplan Sopwith hydravion Sopwith Baby, également acheminé par ce bateau, fut utilisé pour des missions de reconnaissance aérienne, l'été 1915. Le H.M.S. Ben-my-Chree fut coulé début janvier 1917, dans le port de l'ile grecque de Castellorizo, sur la côte d'Asie Mineure, après avoir subi le feu de l'artillerie turque.


- En complément, carte des opérations menées lors de la bataille des Dardanelles, et carte des manoeuvres dans la région orientale. Egalement vue du bateau transport d'hydravions La Foudre. Revue navale en baie de Toulon, début septembre 1911 (Gallica, Agence Rol, 1911).

Sources partielles : site web Wikipedia, Gallica, La gloire de nos pères, Histoire de combattants savoyards de 14-18 - Guy Bouvet, et 14-18 la Première Guerre mondiale - Pierre Vallaud.

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